Dernier souffle

Dernier souffle

Note de l'auteur

Là, c’est couillu. Tant sur la forme que sur le fond. Vous aimez les sensations fortes et inédites ? Testez le western en noir et blanc et sans dialogue pour une traque aussi graphiquement bluffante que scénaristiquement difficile à cerner. Vous allez en prendre plein les yeux, pour le reste, faites confiance à votre instinct.

L’histoire : dans une forêt en plein hiver, un homme part à la recherche de ceux qui l’ont trahi. Fusil à la main, il va tenter de débusquer une bonne dizaine d’hommes. Une traque en mode western qui promet de la sueur, du sang et des larmes.

Mon avis : partagé ! Entre l’envie de saluer la performance et de déblatérer sur sa compréhension globale. Commençons par le premier ressenti. C’est un sacré exploit qu’a réalisé Thierry Martin. Du 4 août 2018 au 15 mars 2019, chaque jour, il a publié sur Insta une case. Chaque matin, ses suiveurs pouvaient admirer sa trouvaille. Et ses publications quotidiennes regroupées donnent désormais lieu à cet ouvrage dans un format inattendu à l’italienne. Ce rythme, que s’est imposé l’auteur, est intéressant car c’est une véritable mise en danger avec un scénario pas écrit à l’avance et improvisé au gré des humeurs. Il a donc fallu pas mal d’adaptation pour conserver une cohérence. Doser les rebondissements, les flash-back… Chapeau pour cet exercice de style.

Encore plus forte et plus relevée, l’option choisie d’écrire une bande-dessinée muette ! Pas de dialogue, pas de narrateur, pas de contextualisation, du dessin brut, livré à lui-même. Et là, le talent ou l’absence de talent parle. Chez Thierry Martin, la force du trait saute aux yeux. D’une manière assez incroyable, il réussit à faire passer nombre d’émotions différentes, seulement par le visage ou l’attitude ou les paysages. L’art du mouvement est également poussé à son top. De la belle ouvrage en noir et blanc.

Cette BD est un exploit en lui-même. Mais un exploit inabouti. Il m’a fallu plusieurs lectures pour mieux saisir l’intrigue et davantage de tenants et d’aboutissants. Il est certain que bande-dessinée nécessite d’être lue plusieurs fois pour qu’à chaque fois, on découvre de nouveaux petits détails, pas, revanche, qu’on doive le faire pour comprendre la trame. Et même après cette obligation de répétition, on n’a pas encore tout saisi des subtilités du récit. Défaut d’intelligence et de clairvoyance de ma part ? Ou insuffisance du scénario et de l’accompagnement ? J’ai mon idée. Faites-vous la vôtre.

Au trébuchet, cela reste une bande dessinée étonnante et magnifique de son graphisme mais incomplète scénaristiquement. Sinon, la féerie aurait été totale.

Si vous aimez : Jeremiah Johnson, le film avec Robert Redford dans le rôle titre ou la BD du duo PécauDuval.

En accompagnement : la BO de Danse avec les loups par John Barry.

Autour de la BD : Thierry Martin exerce aussi bien dans les comics que dans la bande dessinée traditionnelle avec des profils assez différents. Très apprécié, notamment, sur Une affaire d’États avec David Servenay.

Écrit et dessiné par Thierry Martin
Édité par Delcourt

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