DJEMNAH – LES OMBRES CORSES

DJEMNAH – LES OMBRES CORSES

Note de l'auteur

« Chi va e volta, bon’ viaghju faci » Celui qui part et revient a fait un bon voyage. En un proverbe corse, voici l’ouvrage, le héros et les auteurs résumés. C’est réducteur, évidemment, mais fidèle à ce récit d’aventure patrimoniale et familiale pour un chineur du continent qui revient sur la terre de ses ancêtres dans le but de dénicher l’incroyable trésor du plus illustre des insulaires. A noter que ledit proverbe liminaire s’applique en symbiose au lecteur qui a beaucoup et bien voyagé avec cette BD et qui a envie d’y revenir.

L’histoire : un dessin, un simple dessin, au fuseau chiné dans la plus grande librairie à ciel ouvert de Paname, conduit Ange Pizarti à un improbable odyssée sur la terre de ses ancêtres la Corse. Un retour à la source avec, en toile de fond, un trésor lié à Napoléon, enfant de l’île de Beauté. Commence alors une découverte d’une contrée aussi belle que complexe et l’appréhension d’un héritage familial que le chineur avait complètement mis de côté jusque-là.

Mon avis : c’est une histoire aussi touchante qu’enivrante. Dépaysante de bout en bout. Une chasse au trésor dans les pas de Napoléon. Où le réel et la fiction sont mêlés de telle sorte qu’il est bien difficile de déterminer ce qui relève du lard ou du cochon. En enchevêtrant la petite histoire inventée et la grande relatée, Philippe Donadille donne une crédibilité accrue au récit.

Dans cette quête de l’impossible, le héros va autant faire des découvertes historiques et humaines que personnelles. Il va se découvrir. C’est une balade au cœur de soi-même qui lui est proposée. Et c’est ce à quoi se dont adonnés les deux papas de cette BD pour la construire avec un côté autobiographique.

Les auteurs partagent, en effet, un même amour et une même distance pour/avec la Corse. Et pour bien raconter un pays, il faut l’aimer, certes, mais également, ne pas avoir peur de le redécouvrir. Ce que ces deux vrais-faux pinzutis ont accompli dans cet ouvrage. Les deux sont des Corses du continent avec des yeux de Chimène pour une île qui a été celle de leurs ancêtres. Ces deux sentiments transpirent par tous les pores de ces cases de BD.

Le scénario, on l’a dit, s’avère fort bien charpenté. Mais il est, aussi et surtout, plus que de coutume servi par le dessin. C’est une aventure entière à l’aquarelle qui révèle et sublime le décor. Il y a une douceur folle dans le trait de Patrice Reglat-Vizzavona. Les couleurs pastels, qui accompagnent le lecteur, contribuent à la charmante poésie qui s’en dégage.

J’ai été conquis par l’ensemble. Par ce voyage découverte d’une contrée aussi belle que rebelle, par cette quête historique, par des personnages qui ne font pas toujours ce que le lecteur pourrait attendre d’eux, par le maniement poétique de certains clichés qui encombrent cet île, par la dualité Napoléon – Paoli et par la magnifique ambiance créée graphiquement. Courez-y.

Si vous aimez : Le trésor de Rackham le rouge d’Hergé.

En accompagnement : Bonaparte et Paoli aux origines de la question corse par Charles Napoléon pour en savoir davantage sur la relation entre les deux hommes.

Autour de la BD : pour un coup d’essai c’est un coup de maître pour Philippe Donadille qui livre là son premier scénario de BD après avoir beaucoup écrit pour des courts-métrages. Un récit qu’il a maturé de longues années. Patrice Reglat-Vizzavona a à peine plus d’expérience sur la planète BD avec son Passager en 2019 dans lequel il a tenu tous les rôles.

Extraits : « Ange, que savez-vous de vos racines corses ? »

« Presque rien… J’étais venu chercher un trésor pas du lien familial… La famiglia, ç’a jamais été mon truc. »

« Les deux semblent liés pourtant… »

Écrit par Philippe Donadille
Dessiné par Patrice Reglat-Vizzavona
Édité par Delcourt

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