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Marvel’s Daredevil : Procès d’une série noire (Bilan saison 1)

Marvel’s Daredevil : Procès d’une série noire (Bilan saison 1)

Note de l'auteur

Mesdames et messieurs, aujourd’hui, nous faisons comparaître une affaire qui a fait grand bruit, celle de la série Daredevil ! Au vu de la communication massive et de ses retours plus qu’enthousiasmants aussi bien critiques que publics, la cour d’appel du Daily Mars met en cause plusieurs points suspects à l’encontre de la série du héros de Hell’s Kitchen. L’accusation et la défense se devront d’étayer au mieux leurs arguments pour nous convaincre du bien fondé ou non de l’existence des aventures de Matt Murdock à la télé. Voici les chefs d’accusations: scènes de combats et « pouvoirs » du héros surestimés, un Wilson Fisk loin d’être parfait en tant que personnage et un dernier épisode très en-deçà du reste de la saison.

daredevil 1

 

 

La parole est à l’accusation. Vous pouvez commencer votre plaidoirie.

Accusation : Merci votre honneur. Mesdames et messieurs, je ne vais pas y aller par quatre chemins. Daredevil est une très bonne série, et ce dès la première saison. C’est une évidence, elle est la meilleure série super-héroïque que l’on ait vue à l’heure actuelle, vous le saviez déjà, je ne vous apprends rien. Doit-on pour autant tout accepter?! Non! C’est pour cela que nous sommes ici, pour mettre en lumière les défauts du show qui sont bien présents et qu’il ne faut pas oublier de mentionner, ce qui semble être le cas de beaucoup.

Merci maître. La parole est à la défense

Défense : Merci votre honneur. La partie adverse le dit elle-même, c’est amusant: Daredevil est une excellente série. Ses défauts, si peu évidents soient-ils, doivent-ils pour autant bénéficier d’un tel ramdam? Nous vous prouverons que tout n’est que peccadilles et facilités de la partie adverse durant ce procès, qui cherche juste la petite bête au bout du compte.

Très bien. L’accusation peut commencer à présenter ses arguments.

A : Parlons un peu des pouvoirs « exceptionnels » de Matt Murdock, surtout au sein des affrontements de la série. Si je comprends bien, il est aveugle mais pas vraiment. Il entend très bien mais ses autres sens semblent souvent en berne, au mieux, ou pas utilisé de manière judicieuse à l’écran au pire.

D : Objection ! Votre honneur, en quoi cela gêne la qualité du show ?!

indexObjection rejetée. Maître ?

A : J’y viens. Cette abstraction formelle des sens, excepté l’ouïe, donc, donne un résultat timoré en fait. La série télé se débarrasse du fameux sens radar cher au comics et au film pour le remplacer par une représentation séparée de ses autres sens, chacun hyper-développé. Soit. Mais ce n’est pas vraiment clair. Car au bout du compte, malgré ses super sens dont la série semble s’enorgueillir, le personnage ne fait pas vraiment la différence dans les combats. Capable de se battre contre 10 personnes ou contre une seule, le résultat est le même: Matt Murdock va au tapis souvent, prend très cher à chaque affrontement. Chaque action est désespérée, chaque combat finit souvent rarement bien pour son héros. Si encore nous voyions  la partie graphique de ses sens en action (un ralenti, un « effet » quelconque), nous serions à même d’apprécier comment il perçoit ses adversaires en nous mettant à sa place. Mais la série ne le fait pas. En ce sens, The Sentinel réussissait mieux son ouvrage. Et je ne parle même pas de son entraînement avec son mentor, Stick, qui n’a pas l’air d’avoir porté tant que ça ses fruits au bout du compte.

Maître, c’est à vous.

D : Oui monsieur le juge. Si Steven D. Knight a choisi ce parti pris, c’est pour mieux accorder d’importance à l’aspect noir et sordide de son show. Si vous vouliez du bullet time à tout crin ou je ne sais quel délire visuel pouvant vous satisfaire, vous vous êtes peut être trompé de série. Daredevil se veut sombre et âpre, l’héroïsme dedans y est balbutiant, difficile et surtout… crédible! C’est un défenseur des victimes ordinaires, il protège un quartier, pas une ville. Ces combats sont donc à échelle humaine, ils tendent vers le réel le plus possible. Si mettre en demeure cette volonté graphique des sens dans les combats permet de servir un récit et des personnages de cette qualité, ça n’est pas du tout un problème, au contraire. Et la série réussit d’ailleurs son pari à ce sujet: Nous nous mettons tour à tour à la place de ses personnages, qu’ils soient héros, vilains ou victimes. J’ai d’ailleurs ici comme pièce à conviction une citation officielle de Steven D. Knight qui l’atteste. Je me permets de vous la lire :

Je ne voulais pas que l’on retrouve en permanence une signature graphique qui refléterait les sens de Daredevil, un gimmick auquel on s’attendrait inévitablement à chaque combat ! La série est avant tout criminelle, pas super-héroïque. Et c’est ce genre d’aspect trop visuel qui peut vous faire sortir de l’univers de la série justement ! (1)

Comme vous pouvez le voir, monsieur le juge, L’avocat de l’accusation n’a pas bien fait ses devoirs.  Et puis faire le rapprochement avec un show d’aussi petite envergure comme The Sentinel, entre nous, c’est petit et presque malveillant! Quand au personnage de Stick, il est une pierre emblématique dans les différentes étapes que Murdock doit franchir pour devenir Daredevil. Combattant avec ses mains nues depuis le début, sa rencontre avec son mentor lui permettra de combattre autrement, en employant un, puis deux bâtons, pour finir par les lancer à ses adversaires, même en utilisant les parois pour les faire rebondir! Les mano a mano avec Nobu et Fisk partent dans cette même volonté. Ils lui feront aussi comprendre comment s’équiper de manière plus prudente et intelligente. Bref, votre honneur, voici une belle graduation dans la mentalité du personnage, passant d’une véritable tête brulée à un individu beaucoup plus mesuré, montrant une fois encore l’ingéniosité du récit dont est issu le diable du Hell’s Kitchen.

Très bien. L’accusation souhaite t-elle argumenter sur d’autres points ?

A : Oui votre honneur. Je voudrais attirer votre attention sur le personnage du Caïd.

D : Objection !

Qu’y a-t-il, maître ?

D : L’accusation a du mal dans la dénomination de certains termes. Il n’y a pas de Caïd. Nous parlons ici de Wilson Fisk. Comme beaucoup font aussi l’erreur, je trouve qu’il est important de le préciser.

Vous jouez sur les mots maître…

king pin

En VO, Kingpin veut dire Caïd. King : Roi / Pin : punaise   Une belle idée visuelle qui sert la narration du récit.

D : Pas du tout votre honneur. Si Murdock devient Daredevil à la fin grâce aux médias, Wilson Fisk ne devient le Caïd que de manière officieuse uniquement, imagé une première fois d’après une excellente idée visuelle dont je vous joins la photo (voir légende) et ensuite, dans son affrontement ultime avec Murdock et via son acceptation en tant que mal nécessaire à Hell’s Kitchen. Il n’est jamais nommé Caïd donc, mais le sera certainement la saison suivante.

Objection accordée… Maître vous disiez ?

 A : Hem… Je voulais revenir sur l’aspect mi-figue mi raisin du personnage de… Wilson Fisk votre honneur. En tant que tel, il est parfois difficile d’appréhender le personnage un tantinet pleurnichard à un moment, qui sombre dans la plus extrême violence la minute d’après. Si au départ, cela fonctionne, nous perdons parfois pied à suivre un criminel de haute volée dont chaque sbire manque de respect au personnage, sans parler de son intrigue amoureuse avec la dénommée Vanessa. Il est aussi très différent du personnage du comics en somme…

La parole est à la défense. Maître ?

D : Oui votre honneur. Avant tout, il est bon de préciser que la série parle entre autre de la dualité qui régit deux personnages qui cherche à faire le bien, et du mal nécessaire pour arriver à leurs fins. Nous les suivons d’ailleurs tout deux dans un long processus de transformation durant la saison où chacun s’orientera vers le chemin qui correspondra le plus à leurs propres valeurs. Concernant Fisk et Vanessa donc, l’avocat de l’accusation semble encore être passé à côté de toute la subtilité de la chose.

A : Objection votre honneur !

 Objection retenue ! Maître, recommencez et je vous colle un outrage à magistrat pour ne pas respecter ma mise en garde…

D : J’en prends bonne note votre honneur. Je reprends donc: Vanessa, véritable substitut maternel au passé violent de Fisk, pousse complètement ce dernier dans ses démarches criminelles. Si on craint au départ pour elle, puis on pense qu’elle pourra attendrir le futur Caïd , c’est en effet tout le contraire qui se produit. Vanessa est amoureuse mais aussi ambitieuse. Non seulement elle intrigue mais elle est, plus que n’importe quoi d’autre, le catalyseur de Wilson Fisk dans sa montée dans la violence et du crime, même indirectement. Rappelez-vous le rendez-vous manqué qui a fini par une tête coupée avec une portière de voiture! Non, bien au contraire, le fameux côté pleurnichard et le manque de respect du personnage par son entourage qu’énonce la partie adverse, évoque aussi des failles humaines, absolument rien d’autre votre honneur. Et c’est donc bel bien Vanessa qui aura tôt fait de les gommer. Wilson Fisk est bel et bien un personnage hors norme, un méchant qui pourrait expliquer à d’autres vilains comment être méchant justement! La série souligne cela d’ailleurs avec beaucoup de subtilité. Les boutons de manchette de Fisk, tout comme son tic à la main droite, sont des legs de son parricide mais aussi de sa culpabilité (une faille humaine donc), que Vanessa lui supprimera définitivement, emmenant le personnage dans une direction sans retour, complètement cristallisé dans le combat final avec Murdock quand Fisk déclare sa haine aux habitants de Hell’s Kitchen. La dernière image voyant Fisk en prison fixant le mur comme quand il était puni lorsqu’il était enfant conclut aussi dans cette direction: il va retrouver face cette violence traumatisante et plonger encore plus en avant pour devenir officiellement le caïd la saison suivante. Et d’ailleurs monsieur le juge, puisque nous parlons d’intrigue amoureuse, je me permets un aparté en signalant une belle force de la série à ce sujet: celle de nous éviter totalement le triangle amoureux Murdock/Karen/Foggy qui aurait desservi grandement le show. La série n’a pas cherché la facilité, et elle le prouve une fois de plus !

 Maître, avez-vous quelque chose à présenter en plus après cette… longue diatribe ?

A : Oui votre honneur. Ce sera ma dernière question. L’avocat de la défense estime que la série n’a pas cherché la facilité. Très bien. Alors parlons du dernier épisode si vous le voulez bien. Comment expliquer vous après une telle montée en puissance, une telle rigueur dans l’enchaînement des événements, que nous ayons eu pour dénouement un procédé aussi paresseux que simpliste ?

Maître, adressez-vous à moi, pas à lui…

A : Pardon votre honneur! Par là, je veux souligner les choses suivantes telles que l’évasion de Fisk, qui est un rebondissement stupide sans aucune subtilité, la scène de guérilla, superficielle et inutile, sans parler du décevant combat final filmé dans une bête ruelle anonyme. Mais la cerise sur le gâteau,  c’est le costume de Daredevil, affligeant et de franchement mauvais goût. Le pire, c’est qu’il s’agit du dernier épisode ! Cela devrait être culminant, épique, explosif ! Et il n’en est rien. La mise en place et les attentes prodiguées au spectateur pendant 12 épisodes finissent sur une bien belle escroquerie !

Maître, vous pouvez présentez votre défense afin que nous puissions conclure cette affaire.

D : Quand on a une série avec autant de qualités, on est certes en droit d’être exigeant jusqu’au bout. Maintenant, est-ce que cela justifie pour autant un balayage aussi radical de toute ladite série au vu de quelques menus défauts ? Bien sûr que non. Le dernier épisode ne fait pas dans la dentelle, il est vrai. Mais il ne faut pas exagérer non plus. Si je veux bien concéder un spectaculaire pas toujours très subtil dans sa fin de course, le combat final est pourtant plus que correct, sans être la purge absolue que l’accusation semble affirmer. La ruelle qui sert de décor à cet ultime affrontement, symbolise pourtant toute la série: deux enfants de Hell’s Kitchen, tous deux victimes de la vie, se battent pour défendre leurs idéaux concernant le quartier de leur enfance. On aurait pu faire plus clinquant comme à l’image du film, finir sur un combat dans le living de Fisk. Mais la scène aurait eu tellement moins de sens alors… Quant au costume, je pense qu’il s’agit d’un work in progress. On voit bien qu’il n’est pas au point, en particulier au niveau du visage. Une petite ellipse bien sentie entre deux saisons devrait permettre de remettre d’aplomb tout cela. Bref, rien qui ne peut gâcher le plaisir à long terme après visionnage de la série Marvel’s Daredevil.

Bien. La cour va maintenant délibérer. Vous pouvez vous retirer maîtres.

Après réflexion,  la cour du Daily Mars s’est prononcée sur un verdict.  La série est relaxée de tous les chefs d’accusation à son encontre. La défense a pu prouver clairement que les ambitions du show était d’une grande teneur, les arguments de l’accusation n’ont pas eu suffisamment de poids pour faire pencher la balance. Néanmoins, étant donné la teneur du dernier épisode et de son manque de subtilité tant dans la forme que dans le fond, la cour s’engage à surveiller de près les actions et les directions narratives de la série Daredevil la saison prochaine et de s’assurer du respect du public au vu des grandes attentes à son encontre. La séance est levée !

 

(1) Source : https://www.screengonzo.com/2015/04/25/steven-deknight-talks-daredevils-radar-sense-red-suit-death-and-more/

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