Ratchet et Clank: Rift Apart

Ratchet et Clank: Rift Apart

Note de l'auteur

Peu à peu, la ludothèque des nouvelles consoles grandit mais peut-être pas au rythme qu’on attendait. Pénurie de composants, pandémie mondiale: beaucoup de facteurs qui explique pourquoi les constructeurs continuent d’alimenter les nouvelles consoles pour créer des jeux cross-plateformes. Ce n’est pas le cas du dernier Ratchet et Clank, sous-titré Rift Apart, et véritable porte-étendard des capacités techniques de la PLAYSTATION 5.

Rift Apart représente pour les fans de la licence un véritable nouvel épisode depuis un petit moment, puisque le dernier opus en date sorti sur PLAYSTATION 4 était un reboot du tout premier Ratchet et Clank. Une bonne opportunité d’introduire le concept des dimensions, au cœur du scénario du jeu. Alors que Ratchet et Clank sont célébrés lors d’une parade, le docteur Néfarious interrompt les festivités en s’emparant du Dimensionateur, une arme capable de traverser les dimensions. Mais l’appareil se brise et des failles entre les dimensions commencent à apparaître un peu partout. Les deux héros se retrouvent alors projetés dans une autre dimension où Néfarious est devenu empereur de la galaxie. Ils croisent la route de Rivet, une Lombax rebelle – mais également version alternative de Ratchet – avec laquelle ils vont s’associer pour réparer les dégâts et sauver l’univers. La routine de héros, quoi.

Un pitch somme toute classique mais qui introduit une nouvelle protagoniste, Rivet. Inutile de se mentir, Ratchet n’a jamais été un monstre de charisme et de profondeur, même avec un certain nombre d’épisodes au compteur. L’arrivée de Rivet est une vraie bouffée d’air frais. Dynamique, parfois cinglante, dotée d’un super design, elle vole littéralement la vedette à Ratchet en s’affichant comme une héroïne qu’on a envie de suivre jusqu’au bout du monde. Rivet et Ratchet représente donc les deux personnages jouables au cours du jeu, mais, Insomniac Games n’en profitera pas pour créer des différences de gameplay entre les deux personnages, alors même qu’ils ont leur niveaux définis. Certes, ils partagent tous les deux leur inventaire et donc les améliorations d’armes, ce qui évite de devoir améliorer deux arbres de compétences. Mais la saga n’est pas un exemple de variété de gameplay, et Rift Apart ne fait rien pour arranger les choses, malgré les puzzles simplistes de Clank et les séquences de shoots avec Glitch. On explique même difficilement comment un personnage peut se retrouver avec l’équipement de l’autre trouvé sur son niveau.

Ce manque de prise de risque est assez révélateur du plus gros problème de cet épisode. La licence existe depuis presque vingt ans maintenant, et on serait bien incapable de noter une vraie prise de risque dans la saga. Certes, les jeux s’affinent au fur et à mesure, le personnage gagne des nouveaux mouvements, comme ce dash multi-directionnel et des nouvelles armes font leur apparition. Et quand bien même la promotion du jeu se vante du fameux effet de faille dimensionnelle, qui permet de visiter sans temps de chargement une zone cachée, cela n’apporte pas grand chose sur le long terme. Même les fameuses failles que l’on peut attirer vers soi à l’aide du grappin dans certaines zones d’une arène, avec un effet très réussi, ressemblent finalement à n’importe quel jeu d’action où l’on peut utiliser un grappin lambda pour traverser le niveau.

Bref: Ratchet et Clank: Rift Apart ça esquive, ça tape, ça tire et ça récupère des boulons. C’est évidemment loin d’être désagréable, au contraire: ça bouge très bien et un minimum d’effort a été fait sur la DualSense pour garantir un minimum de sensations dans les mimines. Mais comparé à un Returnal sorti quelques semaines plus tôt, où le travail sensoriel sur le son et la manette était exemplaire, afin de garantir une expérience sensorielle totale. Ratchet et Clank retrouve un aspect un peu trop gimmick et superficiel sur les possibilités de la console, en tout cas en terme de jouabilité. Bien évidemment, exclusivité console Sony rime avec accessibilité, et la foule d’options disponibles pour rendre l’expérience optimale est hallucinante, et on est constamment bluffé par la promesse tenue « temps de chargement = 0 ».

Il faut également le dire: si on joue à Ratchet et Clank: Rift Apart, c’est avant tout pour sa plastique irréprochable. Comme souvent maintenant avec cette génération de consoles, on a accès à trois modes graphiques: un 60 fps mais en résolution HD, un 30 fps dans une belle 4K, et un entre-deux qui permet de conserver un minimum de fluidité avec une belle résolution. Sur une grande TV, la résolution 4K apporte une finesse non négligeable si on est prêt à sacrifier le sacro-saint 60 fps, et on s’habitue très vite à la fréquence réduite quand on voit le niveau de détail hallucinant. Aussi bien sur la direction artistique des planètes traversées que sur la gestion des animations des ennemis, Ratchet et Clank: Rift Apart remplit sa part du contrat graphique haut la main. Même la petite fourrure des lombax est un vrai bonheur à observer dans les cinématiques, quitte à se demander parfois si les cadrages serrés sur les personnages sont surtout là pour mettre en avant le travail sur les personnages au détriment d’une ambition cinématographique. Une toute petite dizaine de planètes sont présentes, certaines bien plus ouvertes (les plus réussies) que d’autres, ou qui utilisent le concept de dimension pour passer à des versions alternatives avec un « woah » d’admiration à chaque changement. Difficile de ne pas être impressionné.

C’est par ailleurs un poil dommage que les environnements n’aient pas été plus nombreux. L’aventure se termine en une petite quinzaine d’heures, et même les quelques quêtes annexes ou collectibles à récupérer dans certains niveaux ne sont pas nombreux. Un mode défi est là pour rajouter un peu de piment (avec à la clé deux nouvelles armes mais déjà connues), compensant la relative facilité de l’aventure originale. Les ennemis ne sont généralement pas bien méchants, très souvent recyclés des épisodes précédents (le côté dimension est très pratique pour ça) et il faudra indiquer aux développeurs que changer le nom d’un « boss » n’est pas suffisant pour camoufler un recyclage parfois honteux. Hormis l’affrontement final un peu plus original, les patterns des ennemis sont toujours les mêmes, et les obstacles rencontrés jamais insurmontables. Ratchet et Clank: Rift Apart est un jeu calibré pour les enfants, mais on aurait aimé un peu plus de variété ou des challenges facultatifs un peu plus corsés.

A l’heure du bilan, Ratchet et Clank: Rift Apart déçoit autant qu’il convainc. Il ne révolutionne rien sur un gameplay désormais indéboulonnable mais toujours assez efficace. Insomniac Games opère un gros lifting graphique pour devenir la vitrine technologique de la PLAYSTATION 5, mais n’est finalement pas beaucoup plus, au regard du reste de la série. Il aurait pu tenter de nouvelles choses, autant sur le gameplay que sur l’histoire, même s’il faut reconnaître que l’introduction de Rivet dans l’univers est très rafraîchissant. Mais alors qu’un AstroBot ou un Returnal tentaient avec brio de nouvelles choses liés à la fameuse DualSense, Ratchet et Clank: Rift Apart ne prend aucun risque et c’est fort dommage, la console offrant pour une fois de belles possibilités autre qu’un renouveau technique. C’était sympa, c’était joli, mais c’est bien tout.

Ratchet et Clank: Rift Apart

Développeur: Insomniac Games
Editeur: Sony Entertainment
Prix: 80 euros
Plate-forme: PLAYSTATION 5

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